1ère partie : Mécanismes, fonctions et enjeux de la mémoire.
Tout le monde a de la mémoire, mais on apprend rarement à l'utiliser ; ce sera l'objectif principal de cette fiche de méthodologie, ainsi que de la suivante.
Les cinq règles d'or de la mémoire :
Règle n°1 :
Le mécanisme de la mémoire ne se met en place qu'à l'occasion d'une situation de projet. Ce qui veut dire que pour bien retenir une leçon, quelle qu'en soit la matière, il faut avoir le double projet de la savoir et de réutiliser plus tard, dans le cadre scolaire ou dans la vie, les éléments de cette leçon. Donc, au moment où vous apprenez une leçon, imaginez vous concrétement en train de la réciter, à l'oral ou à l'écrit, au tableau ou dans une copie, en salle de classe ou d'examen.
Un des secrets de la mémoire phénoménale des comédiens de théâtre tient au fait qu'une bonne partie des répétitions se produit sur la scène même où sera donnée la représentation théâtrale.
Règle n°2 :
La mémoire n'enregistre que des structures organisées, des ensembles d'éléments hiérarchisés, des "constellations" de souvenirs. Ce qui veut dire qu'on retiendra plus facilement des mots et des faits intégrés dans une architecture cohérente, que des mots isolés, sans associations d'idées qui les rendent en phrases logiques.
L'oubli est d'autant plus rapide qu'on ne prend pas le temps d'organiser ses connaissances ; le cerveau ne retient que des observations structurées faisant parties de groupes d'images élaborés dans un ordre précis, un système qui va du détail à l'essentiel et de l'accessoire au fondamental.
Conséquence pratique : il faut apprendre d'abord la structure d'ensemble (titres des parties, contours de la carte, équations de base), puis la structure développée (titres des sous-parties, fleuves et villes sur la carte, équations développées) et enfin le ou les détails (contenu de chaque paragraphe, points particuliers de la carte ou du raisonnement mathématique).
Règle n°3 :
La mémoire est "multiforme" :
la mémoire psychologique "de base" qui enregistre les idées
la mémoire visuelle (du peintre, par exemple)
la mémoire auditive (du musicien)
la mémoire motrice (de la danseuse)
la mémoire symbolique (du poète)
la mémoire numérique (du comptable)
la mémoire olfactive (du parfumeur)
la mémoire gustative (du cuisinier)
la mémoire tactile (du médecin qui ausculte)
la mémoire musculaire (du sportif)
etc.
Si ces différentes mémoires arrivent à collaborer, le souvenir se fixe mieux. Voilà pourquoi il est déconseillé d'apprendre ses leçons en musique : il faudrait pouvoir, lorsqu'on doit les restituer, reproduire la musique qui s'est enregistrée en même temps que ce que l'on a appris.
En fait, il faut retenir deux grandes catégories, deux grands types de mémoire :
la mémoire visuelle qui consiste à réévoquer dans sa tête, une image "visuelle" qu'on aurait précédemment photographiée intérieurement et pour laquelle on a besoin de "photographier" des figures, des schémas, des mots en gras et/ou en italique
la mémoire auditive qui consiste à se redire dans la tête ce que l'on a appris ou ce que l'on s'est commenté en faisant une observation et pour laquelle on doit retenir les commentaires, les sons des mots prononcés à voix haute lors de l'apprentissage.
Règle n°4 :
La mémoire fonctionne de façon discontinue.
Les observations du fameux chien de Pavlov illustrent cette particularité : quand plusieurs fois de suite vous donnez une friandise à un chien après avoir fait sonner une clochette, on constate qu'assez vite le chien se met à saliver au seul son de la clochette. Si l'on continue à faire sonner la clochette sans donner la friandise tant attendue, le chien cesse rapidement de saliver. Sauf qu'après quelques jours de repos, il recommence à saliver au seul son de la clochette : l'apprentissage qui semblait avoir été oublié, effacé, n'était en fait que bloqué.
Ce mécanisme de blocage est aussi valable pour la mémoire de l'homme. Donc, pour bien retenir, il faut réviser :
le soir même du jour de l'apprentissage en cours.
après un temps de repos d'un ou deux jours.
Réviser signifie revoir si on est visuel, et répéter si on est auditif.
Règle n°5 :
La mémoire dépend de notre état affectif.
On ne retient facilement que ce que l'on aime. On pourrait aussi bien dire : pour qui aime, tout est facile.
Inversement, la mémoire a du mal à assimiler ce qui lui déplait. La motivation (faire plaisir) mais également la destination (prof sympa ou antipathique) de l'effort de mémorisation participent de sa réussite.
Il faudra donc consacrer davantage de temps aux matières qui "plaisent" moins de par leur contenu ou leur "destinataire", ou alors changer de motivation à leur égard en s'efforçant de leur trouver des aspects attrayants. On peut aussi envisager de changer carrément d'orientation si ces matières paraissent irrémédiablement "répugnantes"...
On peut résumer ceci en disant que le temps consacré à l'apprentissage d'une leçon varie en raison inverse de l'intérêt qu'inspire la matière : plus l'intérêt est élevé plus la durée est brève, plus il est faible, plus elle est longue.