La séance-récital de chansons terminée, il se retrouva à boire une Pelforth en charmante compagnie.
Elle était blonde, aimait, détestait, se passionnait et surtout parlait, parlait, parlait. Le doux bruit ! Il s'y reconnaissait et estimait normal de ne rien dire et d'écouter. C'était son côté "voyeur-avec-les-oreilles", son côté enregistreur de tout ce qui pourrait l'aider ou le désservir dans sa quête d'un port d'attache calme et serein.
Le lien fut bref, mais il y trouva son compte et repartit tout de go, vers d'autres mers d'huile, d'autres sérénités fugaces.
L'intermède lui inspira même une chanson qu'il s'empressa d'écrire pendant le cours de maths d'un copain qu'il avait du attendre, un soir à la fac. Il savait que ces quelques vers, eux aussi, en leur temps, feraient fondre les jeunes filles... Eau de rose, eau de rose, quand tu nous monte au nez, tu es priée d'enlever tes talons aigüilles !
Chanson :
Hopital, silence...
Dans les salles d'attente
de mon ciné-maladresse,
j'ordonnance mes clientes,
amoureuses tigresses...
Elles viennent faire leurs griffes
sur les rideaux de ma tendresse,
et mon sourire passif
aiguise bien leurs crocs-caresses...
Hopital silence...
Mon stétoscope sentimental
sonde l'abîme de leurs âmes,
et leurs coeurs de pierre-végétale
sont déguisés en mélodrames...
Elles m'écoutent parler du temps
qu'il fera bon vivre dans leurs bras,
j'dis pas "je t'aime" mais "j'attends",
et ça les fait rire aux éclats !
Hopital, silence...
Sur le billard de mes envies,
je les endors de bavardages,
mon sérum se fait eau de vie
et c'est ma tête qui prend le large...
Je les découpe, je les dépoudre,
sans comprendre tous leurs décors ;
et quand il me faut les recoudre,
j'oublie mes armes dans leurs corps...
Hopital, silence...
Si leurs réveils sont agités,
si elles émergent en fanfare,
je les invite à prendre le thé
au buffet d'la gare saint-lazare...
Je leur assure qu'elles sont guéries
de leurs amours en trompe l'oeil ;
c'est leur doute qui me remercie
et leur refus qui m'fait de l'oeil...
Hopital, silence...
Demain j'irai me faire soigner
chez une doctoresse amie ;
elle m'offrira du temps passé
pour calmer ma mélancolie...
Demain j'irai me faire soigner
chez une doctoresse amie,
elle m'offrira du temps passé
pour calmer ma mélancolie...
Chanson triste ? Oh que non ! La doctoresse fut plurielle ; la collection était entamée...
La suivante fut une brune, pétillante comme un cidre nouveau, qui, à l'en croire, se faisait "courir" par tout le monde et n'importe qui, et qui en avait plus que mare... Il la crut sur parole et affirma pour l'en convaincre, que lui ne courrait pas après les filles, persuadé qu'il était qu'elles iraient toujours plus vite que lui.
L'autre brune qui termina sa "course" dans les parages de ses draps, lui révéla l'aisance avec laquelle il arrivait à être complice de ces passagères du frisson réciproque. Il devait y avoir quelque chose du caméléon chez lui. Comment, sinon, des êtres aussi différents que ces trois femmes de passage, auraient pu en si peu de temps s'accomoder, chacune leur tour, de son sale caractère ?
Pour vérifier le bien fondé de ses intuitions saugrenues, il abandonna en douceur la troisième de ses conquêtes involontaires, qui, jura-t-il mais un peu tard, ne le méritait pas... D'être abandonnée... En douceur...