Ah ! Qu'elles viennent, qu'elles viennent, ces garces crouponduleuses (qui ondulent de la croupe) et qu'elles m'apportent dans de grands verres en argent, ces liqueurs d'anacampsérote (philtres destinés à fléchir les amants intraitables et à ramener les infidèles). Qu'elles viennent, qu'elles viennent, ces frivoleuses amorisées et qu'elles me "désanaphrodisent" vite fait, bien fait, sur le gaz affranchi de leur condescendance...
Qu'elles viennent, qu'elles viennent, ces baratartineuses (croisements batards de baratin et de tartine) de l'orgasme intégral, et qu'elles me buvardent l'amour qui coule dans mes veines à la place du sang, et qui fait fuir de mon horizon bouché les perspectives jouissives de me faire mordre un jour par une vampiresse étourdie qui aurait laissé son dentier tremper dans le verre à dents de la table de mes nuits blanches...
Anastasie, femme faite censure, fréquentant les couloirs sinueux de la chameaucratie du pouvoir et les députodromes de la morale judéo-chrétienne, Anastasie se laissera pour une fois culbuter dans les herbes folles. Et sans me taxer, s'il vous plait ! Sans m'ixer non plus !
Je me vois peigne fin dans les cheuveux lourds d'une blonde un peu lourde elle aussi, et qui égaliserait sa broussaille ventrale de mes dents d'os plastique... Je me vois bâton de rouge à lèvres sur la bouche pulpeuse d'une femme du monde qui vanterait ma douceur et mon goût sucré à des duchesses du cinq à sept et des maîtresses du midi à quatorze heures... Je me vois lait régénérant, dégoulinant un peu dans le cou satiné d'une rousse délicate... Je me vois tampax servile aux ordres indélicats de dames anonymes... Je me vois prince plus ou moins charmant, hantant les rêves érotiques de demoiselles indicibles, mi sainte-n'y-touche, mi touche-mes-seins... Et je me vois surmâle, assurant des orgies épiques et des bacchanales dantesques, seul contre deux, trois, cinq, dix nymphomanes lubriques difficiles à blaser, blouser, baiser... Et je me vois "à poil", à mon bras une brune aussi nue, et je m'entends dire "oui" à un maire mal embouché qui ne quitte pas des yeux le ventre de ma future et qui pense si haut que je l'entends jurer : "Merde ! encore une nuit d'amour qui me passe sous le nez !"... Et soudain je ne me vois plus ! Mes oreilles bourdonnent, mes yeux clignent, ma voix s'envole et mes tempes s'offrent un chorus de première sur la caisse claire des batteries de mon coeur...
çà y est !
Je l'ai ton histoire. Tu vas enfin comprendre pourquoi je ne suis pas de ceux qui disent : "ce n'est rien, c'est une femme qui se noie !", et pourquoi parfois je le regrette ! Tu vas enfin comprendre pourquoi je tiens tant à ce que tu lises cette histoire au fur et à mesure, même et surtout si je te soupçonne de ne pas aimer les romans d'amour...
D'ailleurs, n'aie aucune crainte, il ne s'agira pas d'un roman d'amour, tout au plus un petit toast, une bouchée d'amour...
Pour te rassurer encore, je t'en fais un résumé pléonasmiquement succint : il était une fois un prince charmant qui un jour s'est pris une claque dans la gueule de la part d'une bergère syndiquée. Rentré chez-lui, il convoqua son majordome de service et le mit en demeure d'écrire sous sa dictée le compte-rendu tragique de son amour brisé.
çà ne te convient pas ? Eh bien, tant mieux ! Parce que ce n'est pas du tout de çà qu'il s'agit...