Episode 9.
« T'as bien dormi ?
_… J'ai dormi…
_C'est tout ?
_Pas beaucoup plus, mon amour…
_Ha ! çà va mieux… »
Attendre le jet dru de la douche sur le crâne pour commencer à planifier la journée : huit heures quarante précises, le rendez-vous avec les patrons, comme une fois par quinzaine, pour l'échange informel d'informations, d'avis, d'opinions, histoire de maintenir la hiérarchie plus que le contact.
Neuf heures trente minutes : fin du brainstorming et café serré avec deux sucrettes et la première cigarette de la journée. Consulter sa boîte aux lettres électronique, répondre à ce qui doit être répondu, consulter la revue de presse à laquelle on est abonné, archiver ce qui peut servir, jeter ce qui n'est pas d'un intérêt flagrant et afficher enfin la page du jour de l'agenda personnel.
« On déjeune ensemble ce midi ?
_Réponse sur la messagerie vers neuf heures quarante cinq…
_Comment tu fais pour ne pas savoir à l'avance si tu peux ou pas déjeuner avec ta chérie entre midi et treize heures trente ?
_Ici et maintenant, mon amour, ici et maintenant…
_Et le « lâcher prise » qui va avec, tu l'exerces quand ? »
Sourire. Et surtout ne rien répondre… Juste un baiser furtif, du bout des lèvres, mais suffisamment appuyé pour goûter ce nouveau rouge à lèvres satiné au parfum de cerise.
Il en met du temps l'ascenseur, ce matin…
« Bonjour… ».
Joli monde ce matin dans l'ascenseur… Trois femmes, pas une de moins, pas une de plus, et d'une classe suffisante pour imaginer qu'il ne s'agit pas là de la brigade du matin des femmes de ménage de l'immeuble. C'est drôle… Elles ont toutes les trois le même parfum… Pas mauvais, au demeurant, le parfum. Un rien entêtant toutefois… A moins que ce ne soit la migraine qui s'annonce… Et cet ascenseur qui n'en finit pas de descendre… Décidément, ce matin… Et puis plus rien… Le grand trou noir… La perte de connaissance, sans doute, avec juste le temps d'apercevoir dans le miroir du fond de la cabine le sourire mal dissimulé de la plus jeune des trois dames… Un sourire de victoire…