Episode 8
Avant tout, mettre en place la structure exécutive : cinq femmes représentant chacune un continent, le choix de ce dernier étant le fruit d'un concours fortuit du hasard et de la nécessité.
Ces cinq femmes organisèrent ensuite leurs réseaux et leurs équipes. A l'ère du message électronique et du cyber-forum « on line » ou asynchrone, rien de plus facile que l'ubiquité : pour peu que vous ayez une adresse eMail, vous voilà mobilisable instantanément et à tout moment, vous et vos compétences, vos carnets d'adresses, vos circuits de connaissances divers et variés, vos passions, vos dons, vos qualités et vos défauts, vos expériences passées, présentes et à venir, etc. Elles se mobilisèrent donc les unes, les autres ; chacune trouva moyen d'apporter à la cause commune le meilleur d'elle-même et quand on sait ce dont elles sont capables, le meilleur d'elles-mêmes fut à la hauteur de tout ce qu'on aurait pu imaginer de meilleur !
Quoi de plus imaginatif, et de plus insensé en même temps, que ce projet si fou et si extraordinaire qui devait rien moins que de décider du destin d'un homme, n'importe quel homme pourvu qu'il ne soit pas trop facile à manipuler, téléguider, influencer, mener, emmener, démener, détourner de son chemin d'homme réalisant un devenir banal, logique certes, mais si convenu... Et dans « convenu », il n'y a pas que « venu »…
« Romance » ? Une entreprise de construction aux méthodes complètement imprévisibles, car inventées au fur et à mesure de son élaboration. Construction du récit dans ces moindres aléas, construction des décors dans leurs moindres détails, construction des acteurs dans leurs moindres actes manqués… Machiavel qui, pour des motifs d'efficacité, aurait changé de sexe et, comble de raffinement, aurait été multiplié à l'infini en autant de femmes aux pouvoirs indicibles mais si efficients…
Résumons : le cobaye avait été repéré par l'armée des veilleuses du net sur différents forums, « chat lines » et autres listes de diffusion. Il fut observé comme au microscope électronique, dans chacune de ses lignes échangées, dans chacun de ses déplacements électroniques, suivi à la trace par mille regards acérés, avides de renseignements plus ou moins personnels et caractéristiques.
Travail de fourmi, sauf qu'en l'occurrence le pluriel s'impose et que lorsque des fourmis s'additionnent, l'impact de leur action démultipliée, produit des effets inouïs sur le champ de leurs manœuvres : il a suffi de quarante et un jours, douze heures et vingt-neuf minutes pour qu'une vie entière soit aussi parfaitement appréhendée, comprise, connue, qu'une comptine enfantine serinée sans ménagement par une volée de fillettes dans une cour de récréation.
Tous les détails y étaient, jusqu'au temps de sommeil moyen, à la marque de cigarettes, au traitement médical habituel, aux vices cachés, aux allergies chroniques à l'ignorance dangereuse et au chocolat, aux manies les plus intimes et à cette habitude si personnelle de toujours finir son assiette quel qu'en soit le contenu. L'emploi du temps lui-même avait été décortiqué en séquences d'environ douze minutes chacune : un instant d'égarement ou de vagabondage intellectuel pouvait également être repéré ou prévu aussi aisément qu'un réflexe dans une situation sociale routinière.
Rien de plus facile, alors, que de ferrer l'animal…