Le mercredi 14 mai 2003.
Par : LeProf
Romance électronique (6).
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Episode 6

… Sur le bateau qui les ramène de leur petite croisière matinale, ils se prennent mutuellement en photo avec en fond d'image le turquoise de la mer rouge ( ! ) et la côte, au loin, découpée d'hôtels gigantesques aux architectures aléatoires.

" _J'irais bien faire un tour dans la ville cet après-midi…

_Par cette chaleur ? Tu plaisantes, j'espère…

_Non, je soutiens qu'Eilat ne peut pas être que cette réserve à touristes qu'on se déguste depuis trois jours que nous sommes là…

_Regarde le thermomètre accroché à la cabine du pilote : 47 degrés à l'ombre… Tu te vois déambuler sereinement sous ce soleil ?

_Nous ne sommes pas obligés d'y aller tout de suite après déjeuner… notre sieste quotidienne, un plongeon dans la piscine de l'hôtel, une bonne douche glacée et…

_Tu fais des projets à trop long terme, mon amour… Laisse faire les choses… Nous sommes en vacances… Plus rien à maîtriser… S'abandonner à la douce dictature de l'Ici et Maintenant et advienne que pourra ...

_Tout de même… J'irais bien faire un tour en ville… "

Qui disait quoi ? Etait-ce l'homme qui se grattait l'amour propre dans le sens irrémédiablement unique de sa volonté de mâle peu habitué à voir ses suggestions court-circuitées par la force d'inertie féminine de sa compagne ? Etait-ce la femme qui tentait d'imprimer sa marque à l'organisation du train-train vacancier ? Peu importe… En fait, le dialogue n'aurait rien perdu de sa futilité en inversant les répliques ou les interlocuteurs… C'était d'ailleurs une constante de leur relation matrimoniale : les idées de l'une pouvaient tout aussi bien être formulées par l'autre ; les paroles de l'autre pouvaient tout aussi bien être prononcées par la première… C'est de fusion qu'on parle dans ce genre d'amour, disaient leurs amis communs ou personnels.

La visite sera initiée mais avortera rapidement par manque d'oxygène et du fait des remontées de chaleurs s'échappant du sol même où elles s'étaient accumulées tout au long de la journée… Elle fut toutes fois suffisante pour rassasier les regards d'un spectacle miraculeux entre tous : les montagnes arides du désert s'irisant de rose, de mauve, de rouge, au coucher du soleil…

Ce rouge qui a sans doute donné son nom à la mer du même nom qui baigne ce paysage fantasmagorique… Nouvelle séance de photos-souvenirs, qui seront maintes et maintes fois commentées au retour. Des vacances sans histoires, mais remplies d'anecdotes diverses et variées, compléments indissociables des fameuses photos. Sans histoire, sauf peut-être celle de la rencontre, fortuite comme toutes les rencontres, d'un couple de touristes américains menant grand train de vie et bruyante villégiature.

Deux caractéristiques majeures du touriste américain, le train de vie et la capacité " innée " à se faire remarquer bruyamment… L'homme était forcément patron d'une petite entreprise (américaine, c'est à dire mille deux cents personnes) de création, confection et distribution de lingerie exclusivement féminine… La dame qui l'accompagnait était forcément sa femme, et tout aussi forcément sans emploi… Sans emploi mais très occupée toutefois, comme toutes les femmes de patrons américains, si l'on en croit l'imagerie populaire aux clichés estampillés feuilletons télévisés de série " b ".

Le contact fut établi au bar de l'hôtel, où les messieurs rivalisaient de politesse surfaite pour passer leur commande. Echange de clins d'œil et invitations réciproques à venir consommer les breuvages ensemble, sur la terrasse ombragée… Eclats de rire, fous-rires, rires en tous genres… La glace était rompue, les glaçons, fondus et les rendez-vous déjà pris pour le dîner du soir même. le petit déjeuner du lendemain et le déjeuner à suivre. Un brasseur d'affaires américain ne perd jamais son temps en tergiversations. L'échange de cartes de visites se déroula le soir même, entre chèvre et dessert, avec promesse d'appel téléphonique dès la reprise des affaires qui promettaient d'être communes…

Ces dames échangèrent d'autres points de vue moins mercantiles, mais tout aussi prometteurs d'avenir en commun : shopping sur les Champs, salon de thé et de beauté, sorties culturelles, etc. L'avènement de liens aussi conviviaux que spontanés aurait pu être attribué à l'ambiance décontractée et insouciante, au farniente, à la magie des vacances, au fruité du vin rosé si frais, à la chaleur écrasante… Pas du tout. Ou si peu… Le chef d'orchestre, le marionnettiste, n'avait rien de mystique. Et pour une fois le hasard pouvait aller se rhabiller : il n'y était pour rien.

L'Organisation veillait à ce que tout se passât comme tout avait été prévu…



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