C'est l'équipe de surveillance n°211 du 354ème jour qui donna l'alerte.
L'artiste littéraire filait du mauvais coton et sombrait, imperceptiblement mais inexorablement, dans la dépression la plus banale qui soit... Celà transpirait de ces vains écrits d'écrivain en herbe où l'on pouvait déceler sans forcer l'observation outre mesure, quelques serrements de gorge amers et quelques larmes ravalées qui "passaient" mal.
Il finissait par ne plus savoir s'il souhaitait qu'elle continuât de lire ses souvenirs ou s'il préférait qu'elle s'en soit lassée au point de faire semblant de continuer à les lire... Il supportait de plus en plus mal les allusions qu'elle pouvait amoureusement lui distiller, à chaque fois qu'elle lisait quelque chose de nouveau de son "Caméléon réciproque". Ces intrusions conjugales dans son passé affectif avaient le don de blesser un peu plus encore son amour-propre tout couturé de cicatrices mal ...cicatrisées !
Le Conseil des Psy, en accord avec le Conseil Suprême des Femmes, décida de tenter quelques interventions légères et bénines, juste histoire de voir comment se modifierait le cours de l'histoire, justement, cette histoire qui s'écrit toujours après... En fait on passait là à la deuxième phase de l'opération "Romance électronique" et il allait falloir se remobiliser le mental et la concentration, car il s'agissait enfin d'influencer le comportement du cobaye et non plus de se contenter de l'observer...
La difficulté du programme résidait dans l'infinité des possibles, mais les éventualités les plus probables avaient été codifiées (temps de réponse, influx nerveux à exciter, solution de repli en cas de réaction in-maitrisable, etc.) et chaque actrice de cette manipulation grandiose connaissait sa partition par coeur...
Il fut décidé qu'au prochain chapitre du "Caméléon réciproque", elles interviendraient à la moindre phrase triste ...