Aujourd'hui mardi, c'était la rentrée des classes...
Aujourd'hui c'est le prof qui passait l'examen : à la fin de l'année, ce sera l'élève... Chacun son tour !
C'est donc le prof qui a mal dormi, qui a longuement hésité sur la tenue vestimentaire idoine, et s'est énervé contre le bouton de fièvre qui n'a pas trouvé mieux que ce jour là pour se poser sur son nez !
Et il ne faut pas croire que ce genre d'angoisse et d'apréhension n'est réservé qu'aux professeurs débutants... Les professeurs chevronnés, (jolie façon de parler de l'âge avancé de certains d'entre-eux...)ne sont pas aussi sûrs d'eux-mêmes qu'ils ne tentent de le paraître : ce n'est pas une mince affaire de vieillir devant un auditoire qui lui, reste éternellement jeune. Avec cette manie en plus d'être très vite en train de critiquer voire de juger qu'ont les jeunes d'aujourd'hui et de toujours...
A chaque rentrée, tout concourt à rappeler au prof la cruauté de ce décalage croissant, de ce rendez-vous permanent toujours plus compliqué qu'il aime à comparer au cirque ou à la scène d'un théâtre... C'était comme au théâtre, en effet, mais sans les applaudissements. Et quand la prestation était bonne, la salle se taisait, quand elle l'était moins, elle bruissait de rumeurs ou décrochait silencieusement...
Comme au théâtre, oui, mais à une nuance près, nuance redoutable : les spectateurs du théâtre du coin ont sélectionné leur programme et retenu leur soirée, seuls, alors que ceux de la classe n'ont rien choisi du tout, ni la vedette, ni la pièce, et ils en veulent d'autant plus pour leur argent !
Paradoxe des paradoxes du prof : il doit jouer juste devant une salle de plus en plus remplie de gens qui ne sont pas volontaires... Et tout est gagné ou perdu dès les cinq premières minutes du premier cours. Au bout de quelques répliques, le prof détecte alliés et adversaires, zones attentives et ilôts de résistance et flaire immédiatement s'il va s'agir d'une classe vivante, amorphe, rétive, divisée, etc. Et la première impression de ce premier rendez-vous réussi ou manqué durera longtemps, pour ne pas dire jusqu'à la fin de l'année scolaire...
Le prof à soigneusement appris ce qu'il doit vous transmettre, mais il n'a pas la moindre idée de ce qui se joue à ce moment là : l'examen qu'il passe devant les élèves à la rentrée est d'une nature particulière : déplacer son corps sous trente regards, poser sa voix, ne parler ni trop fort ni trop bas, ni trop aigü ni trop grave, rire quand il faut rire, devenir sérieux quand il faut l'être, ne pas perdre sa contenance parce qu'on fait tomber le stylo avec lequel on essayait d'occuper ses mains, trouver le bon positionnement dans l'espace au lieu de se recroqueviller derrière son bureau...
C'est que le métier de prof n'est pas codifié dans le B.O. (Bulletin Officiel de l'éducation Nationale) : on l'apprend sur le tas, en improvisant, par essais-erreurs successifs, et surtout, tout seul.
Et quand il est devant ses élèves, le prof est tout seul et il a ... la trouille ! Non, pardon... pas la trouille : le trac. S'il prend son métier à coeur, il a forcément le trac et personne ne peut l'en empêcher, ni lui éviter cette nervosité légitime qui exprime son désir que "la pièce soit bonne"...
S'il n'a pas le trac, c'est probablement un mauvais prof.